Samedi 27 décembre 2008 6 27 /12 /Déc /2008 13:16

Lorsque j’étais enfant, les pays dessinés sur mon globe terrestre prenaient des allures fantasmagoriques : l’Italie devenait le brodequin du Chat botté, la France un chevalier qui s’élance vers l’océan. Sur la carte du monde, les continents ressemblaient à des patchworks, qu’un jour je parcourrais en empruntant la botte du chat susnommé ; un espace taillé à ma mesure qui n’attendait qu’une seule chose : que je parte à sa découverte.

Depuis, j’ai grandi. Et j’ai gardé cette habitude de déceler en tout des créatures imaginaires. D’ailleurs, si la France était un être humain, on pourrait dire aujourd’hui que je passe la majorité de mon temps dans la partie la plus caverneuse et la plus odorante de son anatomie.

 

Tous les matins, je réitère mon périple. De métro en RER, je m’enfonce chaque fois davantage dans les entrailles de la Terre. J’emprunte l’un de ses boyaux souterrains et, tel un globule rouge farceur, je m’imagine lui chatouiller les intestins, debout sur mon tapis roulant. Je double les usagers les plus lents et m’installe dans mon RER, direction Paumé-Land. Le trou du cul du monde.

 

Tel le Saint Graal, mon Paumé-Land à moi ne se laisse pas facilement approcher. Il faut surmonter une série d’épreuves dignes de Koh Lanta pour y parvenir.

Ainsi, une fois sortie de la gare, j’emprunte un étroit trottoir au bord de la grand-route. A ma droite, les bois. Au travers des sombres feuillages, je perçois au loin les gazouillis d’un oisillon auquel répond le Klaxon d’un 10 tonnes qui me frôle à ma gauche, parfois accompagné d’un non moins sonore « Hé salope ! ». Ils sont taquins ces poids-lourds. 

 

Vient enfin l’épreuve de tous les dangers : le pont au-dessus de l’autoroute. Telle un funambule sujet au vertige, je m’élance. Sous mes pieds, la voie rapide et le ballet quotidien des bolides sans pitié. Je prie le dieu du Vent de ne pas m’envoyer une bourrasque trop forte et je m’efforce de regarder droit devant moi.

 

Et puis, elle apparaît à l’horizon, la cité éternelle vers laquelle tout me ramène 5 jours sur 7. Mon bureau, ma boîte, mon gagne-pain. Là, devant moi. Paumé-Land. Première à gauche derrière la déchetterie, après le carrefour de la mort.

 

Aujourd’hui, branle-bas de combat dans le service. Monsieur Dantaface, le bras droit du pédégé est venu nous annoncer une terrible nouvelle.  

-         Esclah Vemoderne, l’homme à tout faire de la société, nous a quittés en catastrophe pour d’obscures raisons. Il faut d’urgence faire le plein de la voiture du président. Vous en profiterez pour la nettoyer et réparer le pommeau de vitesse.

-         C’est-à-dire qu’il y a ce projet urgent de séminaire à organiser…, tente Zénor Ganisator, le collègue le plus zen qu’il m’ait été donné de rencontrer.

 

C’est mal connaître Monsieur Dantaface.

-         Vous estimez que vous avez déjà trop de travail pour vous en charger ? Alors écoutez : aujourd’hui on vous le demande poliment. Si vous faites des histoires, demain ce sera un ordre. Et là, vous ne tiendrez pas trois semaines. Vous finirez par me supplier d’accepter votre démission. Vous comprenez ?

 

Parfois il faut mieux comprendre. Alors on se répartit le travail, comme une comptine pour enfant. Un stagiaire fut désigné pour conduire la voiture – parce qu’une « fille, le président ne préfère pas ». Un deuxième fit le plein, un troisième passa l’aspirateur, une quatrième lava l’extérieur au karcher, j’achetai la pâte à coller pour le pommeau de vitesse. Le dernier le répara.

- Mmh, tu y es allée aussi Marie Pop ? C’est parce qu’on ne le demande qu’aux gens qui ne savent pas dire non, commenta Vicelardia Pitt-Bull, la mauvaise langue du service, tout en surfant sur Fesse Bouc, le sponsor officiel des cocus cornus.

 

Il y a des jours comme ça où tous s’acharnent à vous faire sentir comme une merde, une sous crotte. Une Marie Popo. Peut-être pour mieux oublier qu’ils ne sont eux-mêmes qu’un caca de petite taille dans l’organisation de la société. Parfois j’en viens à me dire que je travaille dans des toilettes géantes avec, en haut de la cuvette, l’étron royal qui a main mise sur la chasse d’eau. Puis les grosses merdes, les gros cacas bien durs et secs, les grosses crottes qui sentent le mal digéré, les coulantes qui vous éclaboussent au passage et vous entraînent dans leur chute et, tout en bas, les petites crottes de brebis innocentes, mignonnettes et sans éclaboussures.

 

Quand j’étais plus jeune, j’ai passé en revue tous les métiers possibles et imaginables. De princesse à romancière, en passant par danseuse étoile, lectrice professionnelle, magicienne, dompteuse de chats ou d’escargots, cueilleuse de gentianes dans la forêt et constructrice de cabane en jardin.

 

Mais jamais, ô grand jamais, malgré mon imagination débordante et ma lecture assidue des fiches-métiers de l’ONISEP, je n’avais pensé finir sous-merde dans un sphincter géant qui expulse au gré de ses contractions les collaborateurs dont il a extrait toute la substance.

 

Même les petites crottes peuvent éprouver du chagrin, avoir un cœur à vif et l’envie de se noyer au fond de la cuvette pour disparaître. Et puis, parfois, au-delà des larmes et des petites humiliations du quotidien, on s’aperçoit que d’adorables petites crottiches de biquettes vous entourent, juste là, assises à côté de votre bureau. De délicieuses créatures qui, telles un Kinder surprise, vous dévoilent leur bon cœur et vous font découvrir qu’à Paumé-Land aussi, à gauche derrière la déchetterie, on peut faire de jolies rencontres. On en vient à se dire qu’après tout mieux vaut être une petite crotte sympathique qu’un gros caca haineux qui ne supporte pas le bonheur des autres.

 

Du purin naissent les plus jolies fleurs. Alors, moi aussi j’ai ouvert ma petite usine de recyclage de caca toute personnelle. Je transforme mes merdouilles en PQ d'or à fleurs roses et triple épaisseur. Qui sait, peut-être qu’un jour je deviendrai une talentueuse fleuriste mondialement réputée ? En tout cas, fleuriste au purin, c'est écolo, c'est un métier d'avenir. Et c’est un des meilleurs moyens que j'ai trouvé pour éviter la noyade dans les toilettes.   

 

 

 

Si toi aussi lecteur internaute on veut parfois te faire sentir comme une (petite/grosse/sous/malodorante/…) merde, sache que tu n’es pas seul. Et garde en mémoire que, plus le caca tombe sur toi, plus haut tu t'élèveras !

Petits et gros cacas au grand cœur, unissons-nous : aujourd’hui, créons un monde meilleur fait de jolies fleurs au parfum délicat !

Par Dark-Vadette
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Samedi 9 août 2008 6 09 /08 /Août /2008 17:02

Dim, dam, dom. Avec sa petite frimousse de jeunette, ses strings qui dépassent et ses décolletés qui pigeonnent, on l’imaginerait volontiers défiler sur la célèbre musique des pubs de Dim. Spontanée, rieuse, généreuse, elle ondule avec autant de naturel dans les allées du Printemps que sur les dunes du Sahara. Accro aux soldes autant qu’à l’élévation spirituelle, elle laisse parfois deviner une petite faille dans le regard. Un brin d’innocence, un soupçon d’incertitude, un manque de confiance en soi qui ne font qu’ajouter à son charme. Mais ne le lui dîtes pas. Ou dans un grand éclat de rire, elle se replie en deux, cache ses mains, regarde ailleurs. Dominique G., une panthère noire mâtinée de caméléon qui arrive à s’escamoter en 2 temps 3 mouvements.

 

Certains rougissent au moindre compliment. Elle, se plie en 2, en 4, en 8… pour vous faire plaisir ou pour disparaître, au choix. Parlez-lui de ses tarifs, de ses cartes de visite, de la qualité de ses soins. Elle se fait si petite qu’on la glisserait dans un magnum de champagne. Un grand crû. Parce que cette fille, c’est du pétillement à l’état pur.

 

Un petit rien et elle pétille de nouveau, telle des bulles de champagne jaillissant de leur bouteille un soir de réveillon. Elle arrose le monde de ses éclats de rire, de sa bonne humeur, de sa vitalité. C'est une éternelle jeune femme qu’on imagine bien à 80 ans passés faire tourner les têtes des visiteurs de sa maison de retraite. Une jeune scoute sexy, toujours prête à rendre service, qui réussirait à masser le kiné venu lui rendre visite, parce que « le pauvre petit poussin innocent a l’air bien tendu, aujourd’hui. En plus une affreuse infirmière vénale lui court après et veut abuser de lui. Je le sais, il a l’air tout malheureux. Comment ça, mon tour de rein, ma sciatique, ma rate qui se dilate et mon foie qu’est pas droit ? Mais enfin, quelle importance ? Il a l’air tout retourné ce matin le pauvre minou. Il faut que je prenne soin de lui. ». Et puis il a une jolie p’tite gueule, le minot, ce qui ne gâche rien. Enfin moi je dis ça…

 

Dominique, la gentille infirmière dévouée qui n’hésite pas à tenir le standard de SOS amitié pour ses copines de vacances ; à soutenir les grandes sœurs en mal de gérant ; à refourguer ses ex dans les bras de ses copines célibataires (pour la bonne cause, hein, faut pas croire…).

Mais qui s’occupera du fabuleux destin de cette Amélie Poulain d’Ivry s/ Seine ?

 

Dominique, deux qui la tiennent, trois qui lui expliquent… qu’elle a de l’or entre les mains. Que lorsqu’elle entre dans une pièce, ça sent bon l’esthétique, les huiles essentielles et le savoir-faire. Qu’on s’y voit déjà, dorloté, chouchouté, dans son futur complexe d’esthético-bien-être, les mouflets et les soucis au vestiaire. Qu’on en rêve de notre prochain rendez-vous chez « Dominique-Bien-Être-allô-j’écoute ? » : une heure trente pour se laisser masser, reïkiser, enlever les points noirs et les gros chagrins et ronronner de plaisir.

 

Mais avant tout ça, on voudrait bien qu’elle prenne soin d’elle. « Qu’elle donne tout son amour à la petite Dominique abandonnée tout au fond d’elle », conseille mademoiselle Kitty Hello*, adepte du tapis volant marocain. « Qu’elle se fasse pirate ou corsaire et parte à la conquête de ses trésors intérieurs », ajoute Jack Sparrow*, qui passait par là. « Pas besoin de se rendre indispensable pour se faire aimer. Les petits poussins innocents ne sont pas si fragiles qu’ils en ont l’air. Mieux : ils ont bien envie d’apprendre à se débrouiller par eux-mêmes plutôt que d’être couvé à vie. En revanche, seule la grande Dominique est capable de prendre soin de la petite Dom de 3, 5, 8, 16 ou 37 ans, qui se sent parfois si fragile et abandonnée à l’intérieur. Qu’elle la nourrisse au biberon de champagne sa petite, peuchère ! Question d’utilité publique. Plus la petite Dominique se fera chouchouter par la grande, meilleur sera le champagne pour les autres », conclut madame Charité-Bien-Ordonnée-Commence-Par-Soi-Même*. 

 

Pérignon. Appelez-la Dom Pérignon. Parce que cette fille, c’est une fontaine, que dis-je, une cascade de petites bulles pétillantes à souhait prêtes à faire tourbillonner le monde et lui donner un air de fête. Qu’elle soit la première à s’en abreuver jusqu’à plus soif de ses précieuses petites bulles d’amour. Ensuite, promis, le champagne coulera à flot pour une merveilleuse fête où l’amitié sera reine. Enfin moi je dis ça…et je ne dis pas que des sottises, pour une fois. 

 

*Les noms ont été modifiés.

Par Dark-Vadette
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Samedi 9 août 2008 6 09 /08 /Août /2008 13:06

Dark Vadette

passe du côté lumineux de la force

et vous retrouve avec plaisir sur

www.marie-poppins.over-blog.com



A bientôt !

Par Dark-Vadette
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Jeudi 7 août 2008 4 07 /08 /Août /2008 20:57

On rencontre parfois des caricatures humaines. Des gens qui cumulent les stéréotypes au point qu’on se demande s’ils ne le font pas exprès : c’est peut-être un one-man show, ils se dévouent pour nous faire rire. Parce que ce n’est pas humainement concevable de cultiver, sans sourciller, tous les poncifs les plus risibles. Le beauf dont on se moque dans les films, j’avais toujours cru que c’était un cas d’espèce, inventé pour les besoins du scénario.

 

Jusqu’à ce que je rencontre Nick Le Slibard. Le bien nommé. Nick Le Slibard est arrivé il y a quelques semaines dans la boîte. Il est négociateur. « Et je me fais grave de la maille. Ca aide pour lever les minettes », explique-t-il avec un clin d’œil appréciateur et un petit coup de langue rapide sur les lèvres. « Au fait, Mika, tu ramènes des bonasses à la prochaine soirée ? ». Vous l’aurez compris, Nick Le Slibard appartient à l’espèce du frimeur, le genre toujours prêt, toujours en chasse. Le baiseur fou dans toute sa splendeur. Mais pas seulement. Parce qu’avec son auréole de cheveux blonds et son allure de jeune con arriviste, Nick Le Slibard arbore parfois un air de candeur proche de la naïveté qui donnerait presque envie de lui essuyer le lait qui coule encore de son nez.

 

Surtout depuis qu’il porte le petit pull rose bonbon, ridiculement court que lui a offert sa nouvelle copine. Son arrivée suscite d’ailleurs les gloussements de la plupart des tablées à la cantine. Un sourire béat aux lèvres, il commente : « Il est so fresh. J’le kiffe. C’est ma copine qui m’habille maintenant. Elle m’a dit, vas-y minou, c’est tout toi, ça te donne un air métrosexuel. » Pas folle la guêpe. Si elle veut le garder plus de 2 semaines, effectivement, mieux vaut le faire ressembler à un porcinet déguisé en chérubin.

 

Mais c’est dans l’un de ses nombreux récits autobiographiques et débordants d’auto-satisfaction que Nick Le Slibard donne toute sa mesure et, par là-même, une des légendes qui hantera longtemps les couloirs de la société. Cette fabuleuse épopée digne d’un roman d’apprentissage et dont notre cher Nick Le Slibard ne se lasse pas de narrer les moult rebondissements, est une véritable gloire de jeunesse.

 

« Ouais, m’dame. A 18 ans, je me suis inscrit au concours de Mister Plessouillis-les-Oisillons. On était 3. On nous a fait défiler sur la scène de la salle des fêtes communale. Je portais un petit slip rouge. Attention, un moule-burnes, mais joli, hein, ça mettait bien en valeur », ajoute-t-il avec cet air de contentement dont il a fait sa marque de fabrique. « Il y avait un monde fou. Les filles dans le public étaient dingues. Tout le monde applaudissait. Et qui est-ce qui a gagné ? C'est bibi ! »

 

Aux tables alentours, les gens se retournent discrètement et esquissent un petit sourire incrédule.  

« Et après tu as défilé dans les rues, comme les miss de madame de Fontenay ? Les filles te couraient après ? » demande Pétunia, la fille la plus cynique de la boîte, en partant d’un gros rire.

« Ben ouais, je portais mon écharpe. Pendant 1 an, il y a même eu des affiches de moi en tenue de scène partout dans la ville. »

 

Les rires se déclenchent un peu partout maintenant. Tout le monde y va de sa question, plus ou moins moqueuse, histoire de voir s'il est sérieux, ou s'il se moque de lui même. Et lui rayonne, les yeux plein d’étoiles, flatté de tant d'intérêt, sans rien comprendre de ce qui se passe. Il revit par la pensée ce qui a peut-être été un moment fondateur dans sa vie et sombre dans le pitoyable pour le plus grand plaisir de tous.

 

C’est au moment où il parle de sa « mémé Gilberte qui est devenue toute folle » et qui lui a sauté dans les bras que je commence à me sentir un peu mal à l’aise. Je m’en veux parce que sa petite gloire d’un jour, d’un an, d’une vie a dû emplir sa « mémé Gilberte » de fierté et qu’il devait avoir le cœur serré d’émotion le jour où il lui a annoncé.

Je m’en veux parce que pour moi ce type n’est qu’un sujet de moquerie alors que je passe peut-être complètement à côté d’un être humain.

Je m’en veux parce que tout le monde rigole ouvertement de lui et pas avec lui. Moi la première. Je m’en veux parce qu’on aura à jamais gravée à l’esprit l’image d’un Nick à moitié nu dans son petit slip rouge, tel un Patrick Chirac de Camping. Je m’en veux parce que je sais que cette image ne me quittera plus, même les jours - surtout les jours - où il fera ses présentations Powerpoint, en réunion et costume 3 pièces, aux côtés du P.-D.G.

 

J’en suis là de mes questionnements existentiels et de mon petit pincement de culpabilité lorsqu’il me lance :

 

« Au fait Darkie, c’est vrai que tu as gagné le premier prix d’un concours de broderie ? Ne le prends pas mal, mais bon, c’est un passe-temps de vioques. C’est pour les pauvres filles, ça. Sors un peu, tu finiras par te trouver un mec. C’est ça qu’il te faut. Warf, Warf, Warf », fait-il en hennissant de rire avec un de ses frimeurs de copain.

 

Warf, warf, warf. Trop drôle. Si seulement je n’étais pas si polie et si sottement conventionnelle, je crois que je l’étranglerais avec son moule-burnes rouge.

Bon sang, j’ai quand même gagné le premier prix du concours de broderie du canton. Je l’ai remporté à 1 dixième de point contre mademoiselle Duflot, la doyenne de la paroisse et la championne incontestée du tournoi depuis 27 ans ! J’ai même eu un article dans le journal municipal. C'était exceptionnel ! Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle. Ca au moins c’est du travail. Un vrai accomplissement. N’empêche, je me demande qui a bien pu lui répéter. Je ne l’ai pas raconté à tant de monde. Juste à table, à la cantine, enfin, normal quoi…tout le monde avait l’air super intéressé en plus. Pauvre slibard de m…. oui

 

Moralité : on est toujours le pauvre naze de quelqu’un

Moralité de la moralité : mieux vaut réfléchir à 2 fois (au moins) avant de raconter sa vie à n’importe qui

Par Dark-Vadette
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Mardi 5 août 2008 2 05 /08 /Août /2008 22:17

Spéciale dédicace à tous les Caliméro de la Terre

 


Je suis une poupée à fonction. J’ai le corps couvert de boutons poussoir à activer à volonté. Une pression sur le genou droit ? Une petite voix de chat ensommeillé ou d’oisillon plaintif se déclenche : « J’ai pas de vacances. ». Le mollet droit ? « Ma chef est une c…. ».

J’en ai un sur chaque orteil : « je suis mal payée ». « Je suis hors forfait ». « Le chien du voisin a fait pipi sur mon paillasson ». « Toutes mes culottes sont au sale ». « Mon voisin de rer ne sent pas bon ». « En plus il prend toute la place ». « Bon sang, pourquoi est-ce qu’on s’arrête sous un tunnel ? ». « Arrg, il n’y a plus de lumière ». « Mais c’est quoi cette main moite et potelée sur ma cuisse ??? ». « Arrrrrgggggggg et re-aaarrrrrggg ! »

 

La vie est dure parfois. Mais moi, j’aime bien mes boutons poussoir. D’abord ca occupe. En plus, je me trouve assez douée dans leur maniement. A mes heures perdues, je joue des petites mélodies du ressassement et j’égrène les accords, telle une virtuose de la déprime quotidienne sur son clavier Bontempi. Je varie les rythmes en fonction des saisons : je suis mélancolique, un peu, beaucoup, passionnément, pianissimo dans les aigus ou forte dans les graves. J'enchaîne les vocalises, telle une diva de la complainte. Parfois, je rencontre des gens tellement plus incroyablement doués que moi dans la râlerie que je ne peux qu’admirer l’artiste, en connaisseuse. Et prendre conscience que mon petit niveau d’amateur me suffit amplement. En fait. Que je devrais peut-être même penser à changer de disque parfois.

 

Un jour, par erreur, j’ai déclenché tous mes boutons poussoir en même temps. Une grande symphonie de la tristesse, une incompréhensible cacophonie du désespoir s’est aussitôt mise en branle. La machine a capoté. Ma carte de programmation s’est mise hors service, et moi avec. J’avais beau tourner la manivelle de mon orgue de Barbarie personnel pour retrouver le ronronnement rassurant de ma complainte quotidienne, il ne régnait plus dans mon esprit qu’un gigantesque brouhaha, assourdissant, éreintant, déprimant. Un acouphène du désespoir.

 

Alors je suis allée voir une marchande de bonheur. « Change de disque, je vais te faire écouter de la bonne musique », m’a-t-elle dit. Elle m’a donné une nouvelle carte de programmation à utiliser sans modération.

 

J’avoue que c’est pas mal. C’est sûr, ça fait un choc. C’est comme passer de Cindy Saunder à Jimmy Hendrix. Ca surprend. Et puis parfois, on est tellement content d’avoir de la daube à écouter en boucle pour se défouler en soirée. Mais quand même. J’ai découvert des morceaux assez sympas, tel que « Hé, il fait super beau ce matin. » « Travailler le lundi au soleil, c’est quand même plus sympa que sous la pluie ». « Génial, le rer est à l’heure, en plus j’ai de la place ». Bon, parfois mes 2 programmes s’emmêlent : « Génial, ma chef est une peau de vache ». « Quelle déveine, j’ai gagné au loto, comment je vais assumer tout ce fric ? ». Ou encore « Trop le pied, mon mec m’a larguée. » Ca donne des associations plutôt détonantes. Et assez rock’n’roll finalement. Ben oui, quoi, c’est vrai. Au fond c’était un boulet ce type. Il m’empêchait de vivre. Des mois que je n’osais me l’avouer.

 

Depuis, j’ai laissé tomber mon orgue électronique et j’ai investi dans un piano à queue. Je débute, mais maintenant je décline la gamme de tous les sentiments humains. Un soupçon d’agacement au bureau ? Une enquiquineuse qui s’escrime à me déchirer le tympan en me vomissant au creux de l’oreille sa rage et sa frustration ? Je m’exerce à varier les contrastes. Rien de plus saisissant, après un excès de violence, qu’une ode à l’amour universel et à l’humour décalé. Et si ça ne marche pas, j’opte pour la visualisation créative : « hé ouais, elle fait moins la maligne dans son costume de culbuto géant, la mémé. »

 

Petit à petit, je deviens une vraie mélomane du bonheur. Bon, j’avoue, je fais encore quelques fausses notes. Des accords dissonnants qui égratignent parfois les oreilles délicates de mon entourage. Disons que je pratique la musique expérimentale. Mais je progresse. Et puis j’ai découvert des morceaux géants, du style : « Barbie à fonction part camper dans le désert ». « Barbie à fonction se fait des amis super sympas ». Et aussi, « Barbie à fonction a trouvé un appart génial avec tous les accessoires d’une Barbie heureuse à en pleurer de mièvrerie ». Mais que c’est bon d’être une Barbie à fonction et d’activer les boutons du bonheur. 

 

Moralité : tu broies du noir ? Change de disquaire.

 

Par Dark-Vadette
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